Cours de médecine chinoise

Biǎn Què

Zhāng Zhòngjǐng

Huà Tuó

Wáng Shūhé

Táo Hóngjǐng

Sūn Sīmiǎo

Wáng Tāo

Liú Wánsù

Lǐ Dōngyuán

Zhū Dānxī

Lǐ Shízhēn

Wáng Qīngrèn



BREF HISTORIQUE DE LA MÉDECINE CHINOISE


1. Époque pré-impériale dite des Trois Dynasties (San Dai)

Il s’agit de la période comprenant les dynasties Xia (21ème - 18ème siècle av. J.-C.), Shang (18ème - 11ème siècle av. J.-C.) et Zhou (1121-771 av. J.-C.).

Les pratiques médicales de cette période ne sont pas bien connues, car aucun texte aussi ancien n’a été retrouvé. Même si quelques indices épigraphiques et archéologiques (inscriptions oracle oraculaires sur os et carapaces, aiguilles d’acupuncture en pierre) témoignent de l’existence d’une médecine chinoise primitive remontant à plus de trois mille ans, on considère que l’élaboration des prémisses de la médecine chinoise ne s’amorcèrent qu’entre 1000 et 500 av. J.-C. 

2. Époque des Printemps et Automnes (Chun Qiu) et des Royaumes Combattants (Zhang Guo)

L’époque des Printemps et Automnes (770 - 476 av. J.-C.) correspond à la fin de la phase de développement strictement empirique de la médecine chinoise et au début de sa transformation en système médical cohérent.

Cette période est également marquée par l'un des premiers grands noms de la médecine chinoise : Qín Yuè Rén 秦越人 alias Biǎn Què 扁鵲, considéré comme un praticien polyvalent, est, également, expert en nombreux aspects du diagnostic et du traitement. D’après l’ouvrage historique Hànshū 漢書 [livre des Han], Biǎn Què écrivit deux ouvrages, actuellement disparus : le Biǎn Què wàijīng 扁鵲外經 [Classique externe de Biǎn Què] et le Biǎn Què nèijīng 扁鵲內經 [Classique interne de Biǎn Què]. La légende lui attribut la paternité d'un autre ouvrage (alors que celui-ci a été rédigé beaucoup plus tardivement), dont objet est d'élucider à travers quatre-vingt une questions les difficultés du Nèijīng [Classique interne], tant au point de vue physiopathologique que thérapeutique: le Nánjīng 難經 [Classique des difficultés].

L'époque des Royaumes Combattants (453-221 av. J.-C.) est une période clef durant laquelle la médecine chinoise acquiert toute sa cohérence interne, en devenant une "médecine savante". La plupart des concepts théoriques et des fondements dialectiques sont élaborés à cette époque : concepts du Qi, Yin/Yang, Cinq Mouvements.  

Notons, également, qu'il soit probable (selon les historiens et spécialistes chinois), que les origines les plus anciennes du Huángdì Nèijīng 黃帝內經 [Classique interne de l’Empereur jaune] remontent à la période des Royaumes combattants. Également appelé Nèijīng 內經 [Classique interne], cette ouvrage composite, et réorganisé de multiples manières, tout au long de l’histoire, est considéré comme l’ouvrage le plus ancien de la médecine chinoise.

3. Dynastie Qin (221-206 av. J.-C.)

En 221 av. J.-C., le roi Zheng sort vainqueur des nombreux conflits de territoires entre royaumes qui agitaient la Chine depuis plusieurs siècles, et il devient le premier véritable empereur, sous le nom de Qín Shǐ Huángdì  秦始皇帝. Obsédé par la recherche de l’immortalité, il regroupe autour de lui un grand nombre de savants, médecins et alchimistes, dont les investigations s’orientent essentiellement vers les techniques substances visant à acquérir la longévité, voire l'immortalité.

Cependant, pour réprimer la résistance des lettrés (principalement confucianistes), il ordonne le massacre de quatre cents d'entre eux, dans la capitale Xianyang, en 213 av. J.-C., et fit brûler un grand nombre d'ouvrages (dont peu, cependant, étaient, semble-t-il, consacrés à la médecine).

4. Dynastie Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.)

Cette dynastie, marquée par le développement la pharmacologie, est divisée en deux périodes : les Xi Han (Han de l'Ouest) ou Han antérieurs (206 av. J.-C. - J.-C.-9), et, après l'éphémère dynastie Xin, les Dong Han (Han de l'Est) ou Han postérieurs (25 - 220).

C'est probablement au 1er s. av. J.-C. que fut rédigé le premier traité de matière médicale : le Shénnóng běncǎojīng  神農本草經  [Matière médicale classique de Shennong]. Attribué à Shénnóng 神農 (un des empereurs mythiques, fondateur de la civilisation chinoise), cet ouvrage,  qui contient 365 substances médicinales (dont 252 végétales, 67 animales, 46 minérales) classées en trois grands groupes selon le niveau de toxicité et d’utilité des remèdes, servit de base au développement de la pharmacologie chinoise.

À l'époque des Dong Han, les deux médecins les plus célèbres sont Zhāng Zhòngjǐng (150-219) et Huà Tuó (?-208).  

Zhāng Zhòngjǐng 張仲景,  alias Zhāng Jī 張機, rédige une des œuvres majeures de la médecine chinoise, le Shānghán zábìng lùn 傷寒雜病論  [Traité des attaques du Froid et de diverses maladies]. Ce texte, perdu sous sa forme initiale, dès la fin des Han, réapparaît à travers deux principaux traités que nous connaissons aujourd'hui: le Shānghánlùn [Traité des attaques du Froid] et le Jīnguì yàolüè fānglùn 金匱要略方論  [Formulaire des prescriptions essentiels du coffre d’or]. Ces textes ont influencé l'ensemble de la pharmacopée extrême-orientale et servent encore de référence de nos jours.

Huà Tuó 华佗, dont nous ne connaissons pas précisément la chronologie, fut le grand chirurgien de cette époque. Selon la légende, il est considéré comme le premier ayant pratiqué la chirurgie abdominale (laparotomie, greffes d'organes, résections intestinales...) et inventé l’un des premiers anesthésiques (Máfèisǎn  麻沸散  [Chanvre indien]).

5. Des Trois Royaumes (220-265) aux dynasties du Nord et du Sud (420-589)

Durant cette période, la médecine se développa dans différentes branches. Huáng Fǔmì 皇甫谧  (214-282), contribua, en publiant, vers 259 ap. J.-C., le Zhēnjiǔ jiǎyǐ jīng 針灸甲乙經, au développement de l'acupuncture, en apportant de nombreuses précisions sur les méridiens et les points, dont il augmente le nombre, par rapport à ceux présents dans le Nèijīng.

Wáng Shūhé 王叔和  (201-280), fonctionnaire de l’Académie impériale de médecine sous la dynastie Jin de l’ouest (265 - 316), apparaît comme un érudit. Il rédigea le Màijīng 脈經, considéré comme le premier traité entièrement consacré au diagnostic par les Pouls ainsi que la première réorganisation du Shānghánlùn de Zhāng Zhòngjǐng. L'époque des Royaumes Combattants (453-221 av. J.-C.) est une période clef durant laquelle la médecine chinoise acquiert toute sa cohérence interne, en devenant une "médecine savante". La plupart des concepts théoriques et des fondements dialectiques sont élaborés à cette époque : concepts du Qi, Yin/Yang, Cinq Mouvements.  

Gě Hóng 葛洪  (env. 283-363), célèbre pharmacologue, taoïste et alchimiste de la dynastie Jin de l’Est, est l’auteur de deux livres de références le Bàopǔzi nèipiān [Écrit interne du maître qui embrasse la simplicité] et le Zhǒuhòu Bèijífāng 肘后備急方 [Prescriptions d’urgence à conserver sous le coude] qui sera, ultérieurement, édité et annoté par Táo Hóngjǐng. L’apport de Gě Hóng comprend également des méthodes de prévention et de longévité, fondées sur le Daoyin (ensemble de techniques physiques et énergétiques associées à la respiration), la diététique et la pharmacopée. On lui doit également la description de la variole, de la tuberculose, de la peste, de l'hépatite virale, de la lymphangite aiguë, et des découvertes utiles dans le domaine de la thérapeutique.

Táo Hóngjǐng 陶弘景  (456 - 536), autre maître taoïste, est considéré comme une sorte de génie tant ses compétences et talents furent étendus (mathématicien, astronome, alchimiste, calligraphe et médecin). Auteur de plusieurs ouvrages, il réalise un important travail de compilation et de classification par nature, saveur et toxicité des substances médicinales à travers la rédaction du Shénnóng běncǎojīng jízhù 神農本草經集注 [Commentaires compilés du classique de la matière médicale de Shennong] (probablement le commentaire le plus ancien du Shénnóng běncǎo jīng).  

Autour de 500, Léi Xiào 雷斅, un pharmacologue, rédige le Léigōng páozhì lùn  雷公炮炙論  [Traité de Lei sur la préparation des drogues] qui est le premier traité consacré au mode de préparation des substances médicinales.  

6. Dynasties Sui (589-618) et Tang (618-907)

Cette époque marque l’avènement d’une sorte d’âge d’or pour la civilisation chinoise, plus particulièrement au VIIIème et au début du IXème siècle. La relative stabilité politique favorise le développement de l’économie, des sciences, des arts et des techniques. Les fonctionnaires étant sélectionnés sur concours écrits, l'administration est contrôlée par des personnes relativement érudites, et les charges officielles n’étant pas héréditaires, cela a génère une émulation intellectuelle dans la jeunesse. Le développement du système juridique conduit à l'utilisation systématique des contrats, des fiches d'identités, des empreintes digitales et des mesures anthropométriques.

L’enseignement de la médecine chinoise devient officiel et à partir de 624, les études sont sanctionnées par des examens d’État. Le premier codex pharmaceutique, le Táng běncǎo 唐本草 [matière médicale des Tang] est rédigé en 659, sur ordre impérial.  

Autour de 610, un médecin impérial, Cháo Yuánfāng 巢元方 (550-630), dirige la rédaction du premier traité d’étiologie et de symptomatologie, le Zhūbìng yuánhòu zǒnglùn 諸病源候總論  [Traité général sur l’origine et la sémiologie de toutes les maladies]. Cet ouvrage, fondé en grande partie sur les textes classiques médicaux antérieurs, exercera une influence importante sur la nosographie.

Les exégèses de textes anciens se développent. Deux éminents médecins, produisent les deux plus importantes versions commentées et réorganisées du Nèijīng. Yáng Shàngshàn 楊上善 (585-670), rédige une compilation du Nèijīng d'une grande importance historique : le Huángdì nèijīng tàisù 黃帝內經太素 [Fondements essentiels du classique interne de l'Empereur jaune]. Vers 762, Wáng Bīng 王冰  (env. 710-805) réalise, en s'appuyant sur des versions antérieures aujourd'hui disparues et en complétant personnellement les parties manquantes, une réorganisation du Sùwèn 素問, en 24 rouleaux et 81 chapitres, en y ajoutant un commentaire assez conséquent.  

Le plus fameux médecin de cette époque est indiscutablement Sūn Sīmiǎo 孫思邈  (581 - 682). Il est l'auteur de deux œuvres colossales : le Bèijí qiānjīn yàofāng 備急千金要  [Prescriptions essentielles d'urgence valant de milles onces d’or] et son complément, le Qiānjīn yìfāng 千金翼方 [Supplément aux prescriptions valant de milles onces d’or].

Le deuxième auteur de référence est un haut fonctionnaire des Tang. Wáng Tāo 王燾  (env. 702 - 772), après avoir travaillé vingt années dans la bibliothèque impériale, compile, en 752, le Wàitái mìyào 外台秘要 [Documents classés d'un fonctionnaire]. Cette somme, qui constitue une étude exhaustive de l’ensemble des branches de la médecine, contient plus de 6000 formules de pharmacopée et décrit 1104 sortes de pathologies. Il s'agit d'une œuvre importante, notamment parce qu'elle contient des fragments d'œuvres antérieurs aujourd'hui disparues.

C'est sous les Tang que les échanges avec l'Inde, la Perse et Byzance atteignent leur apogée, ce qui conduit à l'introduction de nombreuses substances exotiques dans la pharmacopée chinoise.

7. Dynasties Song du Nord (960-1127), Jin (1115-1234), Song du Sud (1127-1279) et Yuan (1271-1367)

Sous les Song, le développement de l’imprimerie et la création, par le gouvernement, du Jiaozheng yishu ju 校正醫書局  [Bureau pour l'édition des œuvres médicales révisées] favorise la recherche, la restauration et la publication des œuvres médicales. la plupart des textes classiques sont reconstitués, compilés, commentés, puis publiés. C'est la raison pour laquelle les versions de références, pour de nombreuses œuvres tels le Huángdì nèijīng, le Shānghánlùn ou le Jīnguì yàolüè fānglùn, datent des Song.

En outre, L’anatomie fait des progrès, en partie grâce au développement de la dissection dans la médecine légale. La localisation des méridiens et des points se standardise, grâce à la publication de planches d'acupuncture et à la réalisation de Tóngrén 铜人  [hommes de bronze]. Wáng Wéiyī  王惟一  (987-1067), qui est à l'origine de cette idée originale, publie, 1026, des planches dans son Tóngrén shūxué zhēnjiǔ tújīng 銅人腧穴針灸圖經  [Classique illustré des points d’acupuncture et de moxibustion de l’homme de bronze].  

À partie du Xème siècle, la mode des Bencao 本草  [matières médicales] se développe, mais l'époque est surtout marquée par la compilation de grands formulaires, comme le Tàipíng shènghuì fāng 太平聖惠方 [Formules de la bienveillante sainteté de l'ère Taiping] qui décrit 16 834 formules répartis en 1670 entrées.

Sū Sòng 蘇頌  (1119-1101), un fonctionnaire impérial, compile en 1062 le Tújīng běncǎo 圖經本草  [Matière médicale illustrée]. Cet ouvrage constitue la première matière médicale présentant une illustration détaillée de chaque drogue.

Cette période est également marquée par l'influence de quatre médecins célèbres, appelés les Jīnyuán sìdàjiā 金元四大家  [quatre grands maîtres (des époques) Jin et Yuan].

Liú Wánsù 劉完素 (1120-1200) développa le principe Huǒrè lǐlùn 火熱理論  [théorie du Feu et de la Chaleur] qui repose sur le fait que les Énergies Pathogènes ont tous tendance à se transformer en Feu. Privilégiant l'emploi de remèdes de nature froide  ou fraîche, il fonda la Hánliáng pài 寒涼派  [École du froid et du frais].

Zhāng Cóngzhèng 張從正  (1156-1228), considère les affections comme des substances étrangères à l’organisme qu’il convient de chasser par des remèdes drastiques comme les diaphorétiques, les émétiques ou les purgatifs. Selon lui, l'attention doit être portée sur l'agent pathogène plutôt que sur l'Énergie saine, ce dernier se rétablissant automatiquement dès que l'agent morbide est évacué. C’est pourquoi il est considéré comme l’initiateur du courant appelé la Gōngxià pài 攻下派  [École de l'attaque et de la purgation]. Il est l'auteur du Rúmén shìqīn 儒門事親  [Soins des confucianistes à leurs proches], achevé par son disciple Má Zhījǐ 麻知己.

Lǐ Dōngyuán 李東垣 (1180-1251), témoin des nombreuses famines qui accompagnèrent la mongolisation durant la dynastie Yuan, concentra son approche de la pathologie sur l'origine interne des maladies, particulièrement sur l'affaiblissement de la Rate et de l'Estomac. Chef de file de la Bǔtǔ pài 補土派  [École de la tonification de la Terre], fondée par son maître Zhāng Yuánsù  張元素, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment du Lánshì mìcáng 蘭室秘藏  [Les secrets cachés de la chambre de l’orchidée] et du Píwèi lùn 脾胃論 [Traité de la Rate et de l’Estomac].

Zhū Dānxī 朱丹溪 (1281-1358), influencé par les théories de ses prédécesseurs, développa sa propre approche. Son point de vue étant que le Yang tend à être excessif et le Yin déficient, il suggère comme principe directeur de son système thérapeutique l'enrichissement du Yin et le contrôle du Feu. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages qui exposent cette théories, notamment le Gézhì yú lùn 格致餘論  [Traité complémentaire de recherches approfondies] et le Dānxī xīnfǎ  丹溪心法 [Méthode essentielle de Danxi].

Ces quatre théories, différentes et complémentaires, eurent une influence importante sur le développement ultérieur de la médecine chinoise.

8. Dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911)

Cette longue période fut marquée par l'apparition de plusieurs concepts importants.

Durant cette période, l'étude des substances médicinales prend un nouvel essor. Le plus célèbre médecin de cette époque est incontestablement Lǐ Shízhēn 李時珍 (1518-1593). Fils d'un médecin accompli, il consacra trente années de sa vie à rédiger, avec l'aide de sa famille, la plus grande matière médicale classique : le Běncǎo gāngmù 本草綱目 [Compendium général de la matière médicale]. Cette œuvre colossale, parue en 1596, trois ans après sa mort, décrit 1892 drogues, contient plus de 1000 illustrations et plus de 10 000 formules. Lǐ a également rédigé une dizaine d'autres ouvrages, notamment le Bīnhú màixué 瀕湖脈學  [Sphygmologie de Binhu] paru en 1564 et le Qíjīng bāmài kǎo 奇經八脈考 [Étude des huit méridiens particuliers], rédigé en 1572.  

À partir du XVIème siècle, les théories visant à combattre la Chaleur ou à renforcer principalement furent critiquées par les adeptes de la Wēnbǔ pài 溫補派  [École de la tonification tiède]. Ce courant propose une nouvelle conception, partiellement, le prolongement de la méthode de la tonification de la Rate de Lǐ Dōngyuán et inspiré, pour d'autres points, du Shānghánlún. Zhāng Jièbīn 張介賓 (1563-1640), l’un des plus célèbres commentateurs du Nèijīng est considéré comme l’un des principaux représentants de ce courant. Ses œuvres majeures sont le Lèijīng 類經 [Classique (interne) classifié] et le Jǐngyuè quánshū 景岳全書 [Œuvre intégrale de Jingyue].

Notons que, parmi les ouvrages d'acupuncture, la plus importante synthèse est réalisée en 1601 par Yáng Jìzhōu 楊繼洲  (1522-1620) qui publia le Zhēnjiǔ dàchéng 針灸大成 [Grand accomplissement de l’acupuncture et de la moxibustion]. Basé sur des textes plus anciens et sur l'expérience de son auteur, cette ouvrage, réédité de nombreuses fois, inspirera de nombreuses générations d’acupuncteur.

C'est à la fin des Ming et durant la dynastie des Qing que se développa la Wēnbìng pài  溫病派  [École des maladies de la Chaleur], marquant un tournant dans l'étude des maladies fébriles et de l'épidémiologie en Chine. Cette théorie, qui prend son origine dans la distinction entre shānghán 傷寒  [attaque du Froid] et wēnbìng 溫病  [maladie de la Chaleur], introduit la notion de pénétration de la Chaleur à travers les sìfēn 四分 [Quatre Couches] et de l’Humidité-Chaleur à travers les sānjiāo 三焦 [Trois Foyers]. Wú Yòukě  吳又可 (1582-1652), Yè Tiānshì 葉天士 (1667-1746), Xuē Shēngbái 薛生白 (1681-1770), Wú Jūtōng 吳蘜通 (1758-1836), (1681-1770) et Wáng Mèngyīng 王孟英 (1808-1866) sont les principaux représentants de cette lignée. Les œuvres majeurs de ces théories sont le Wēnrè lùn 溫熱論  [Traité de la Tiédeur et de la Chaleur], le Wēnbìng tiáobiàn 溫病條辨 [Analyse différentielle des maladies de la Tiédeur], le Wēnrè jīngwěi 溫熱經緯 [Repères sur (les maladies) de la Tiédeur et de la Chaleur].

Un autre grand médecin de la dynastie Qing est Wáng Qīngrèn 王清任 (1768-1831). Connu pour sa contribution à la théorie des yūxuè 瘀血  [Stases de Sang], pour lesquels il mit au point une série de formules qui sont encore largement utilisées aujourd’hui. En outre, il fut un réformateur qui insistait sur la connaissance de l’anatomie qu’un médecin devait connaître avant de traiter. Il rédigea le Yīlín gǎicuò 醫林改錯  [Correction des erreurs de la forêt de médecine] paru en 1830, dans lequel il présente le dessin des organes internes et corrige de nombreuses erreurs dans les conceptions anatomiques anciennes sur la base de ses propres observations sur les corps exposés dans les cimetières publics.

9. Époque contemporaine

À partir du début du XXème siècle, certains médecins chinois introduisent des éléments de médecine occidentale dans leur pratique, notamment Zhāng Xīchún 張錫純 (1860-1933), qui rédige le Yīxuézhōng zhōngcānxī lù  醫學衷中參西錄  [Recueil sur l'approche la médecine occidentale (du point de vue) du cœur de la médecine chinoise].

La révolution de 1911 marqua la fin de la dynastie Qing. En 1929, des Chinois formés à la médecine occidentale demandèrent l'interdiction de la médecine traditionnelle chinoise. La réaction du public fut très forte et, à l'issue d'un grand rassemblement, le 17 mars 1929 à Shanghai, une pétition fut adressée au gouvernement pour protester contre cette décision. La médecine chinoise fut réhabilitée et, depuis, le 17 mars est fêté comme le jour de la médecine traditionnelle en Chine. Cependant, d'autres conflits, opposant ces deux systèmes médicaux, virent le jour, durant les décennies qui suivirent.  

À partir des années cinquante la médecine chinoise s'organise d'une manière plus systématique mais perd souvent certains de ses aspects les plus subtils, trop imprégnés d'énergétique pour être conservés dans un contexte régi par un mode de pensée matérialiste et soumis à des impératifs de vulgarisation incompatibles avec le caractère initiatique qu'elle avait à son origine. Actuellement, dans chaque province, les études de médecine occidentale et de médecine chinoise font l'objet de cycles parallèles de durée identique, sanctionnées par des diplômes d'État.

Quant à la l'Occident, elle a découvert la médecine chinoise à partir du XVIe siècle, essentiellement par l'intermédiaire des missionnaires jésuites. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, de nombreux ouvrages médicaux évoquent les techniques de diagnostic et de traitement de l'Extrême-Orient. Au XIXème siècle, des médecins occidentaux commencent à pratiquer l'acupuncture de façon empirique, du fait de l'absence de sources théoriques. À partir de la fin du XIXème siècle, ce sont les diplomates qui jouent un rôle important dans l'importation de cette discipline. Celui dont l'influence fut la plus déterminante est Georges Soulié de Morant qui, après avoir été consul de France en Chine, au début du siècle, introduisit en France les premiers fondements de cette technique.

À la fin des années 1970, l'ouverture de la Chine populaire permit à quelques Occidentaux, qui n'avaient pu se former jusqu'alors que dans d'autres pays d'Asie (Japon, Corée, Taïwan...), d'étudier directement dans les universités chinoises. Ceci favorisa l’émergence d’un enseignement plus cohérent et plus complet en Europe.


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16/07/2014

Chronologie résumée des dynasties chinoises



















 

   

   




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