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Cours de médecine chinoise



LE SHANGHAN ZABING LUN DANS LA PERSPECTIVE

DES JINGFANG DU PR HU XISHU

À LA RECHERCHE DES MAILLONS DE LA CHAÎNE DE TRANSMISSION DES JINGFANG

Il y a beaucoup d'idées en ce qui concerne le fondement historique du Shanghan zabing lun et de nombreuses théories concernant sa structure.  L’opinion la plus couramment admise est que Zhang Zhongjing aurait rédigé l’intégralité de ce texte seul après avoir étudié et synthétisé les écrits médicaux de son époque. On considère qu’il se serait inspiré d’un passage assez obscure du Neijing qui décrit les six étapes de la maladie et, qu’à partir de là, il aurait créé un système sophistiqué, cohérent et pratique.

Ce qu’il faut expliquer, ici, c’est que, jusqu’aux récentes découvertes de manuscrits médicaux exhumés des tombes de Mawangdui 1 (environ 200 av.J.-C.), en particulier du Wushi'er bingfang 五十二病方 [Formules pour 52 maladies], le Shanghan zabing lun était considéré comme le plus ancien formulaire chinois. Deux tiers des prescriptions de Zhang Zhongjing se retrouvent dans le Wushi'er bingfang qui lui serait antérieur de quatre siècles environ. S’il en ressort que Zhang Zhongjing n’est que l’héritier d’une tradition pharmacologique déjà bien établie, comment, de l'architecture primitive du Wushi'er bingfang, sommes-nous arrivé à un système si sophistiqué ? Que s’est-il passé durant ces 400 ans et qu’elles sont les chaînons manquants ?

Durant cette période, deux œuvres incarnaient le progrès de la pharmacologie, l'une étant le Shennong bencao jing 2 神農本草, l'autre le Tangye jingfa 3 湯液經法 [Méthode classique des décoctions], dont on retrouve la référence dans le Hanshu et qui le classe parmi les 11 écoles Jingfang. Bien que ce dernier ouvrage ait disparu, les découvertes archéologiques, au début du XXème siècle, dans les grottes de Dunhuang, nous ont révélé certains fragments de l’œuvre originale, en particulier un document appelé Fuxingjue zangfu yongyao fayao 輔行訣臟腑用藥法要 [Instructions secrètes essentielles pour l'utilisation des drogues pour les Viscères], rédigé par Tao Hongjing 4 (452-536), qui contient 60 des 360 formules d'origines du Tangye jingfa. Huang Fumi, un autre grand médecin né une soixantaine d’année après Zhang Zhongjing (214-282), semble confirmer cette hypothèse.

Dans sa préface du Zhenjiu jiayi jing [Classique de A à Z d’acupuncture et de moxibustion], on peut lire : 伊尹以聖才,撰用《神農本草》以為湯液。……仲景論廣伊尹湯液為數十卷,用之多驗。近代太醫令王叔和撰次仲景,選論甚精,指事可施用。"Yiyin, un grand homme qui était presque un sage, a compilé le Tangye en utilisant le Shennong bencao…… Le traité de Zhongjing a augmenté le Yiyin tangye, le portant à une dizaine de juan, fournissant de nombreux remèdes efficaces. Ces derniers temps, le médecin impérial, Wang Shuhe, a recompilé l’œuvre de Zhongjing en sélectionnant le plus essentiel et en précisant ses possibilités d’application."

 La version originale du Shanghan zabing lun se perdit durant les perturbations de la période des Trois Royaumes (220-265). C’est Wang Shuhe (210 – 285), fonctionnaire de l’Académie impériale de médecine, qui réorganisera le texte à partir de fragments retrouvés donnant ainsi naissance à la première version historique du Shanghanlun.

Ce travail de recompilation, fruit de la compréhension personnelle de Shuhe a été l’objet d’abondantes critiques de la part de nombreux commentateurs tels que Fang Youzhi. Sur ce point, d’après le professeur Hu Xishu, cette compilation a été la première cause de la théorie reliant le Shanghanlun et le Neijing.

D’après les recherches du Professeur Hu, la théorie qui relie l’œuvre de Zhang Zhongjing aux conceptions du Neijing est due principalement à deux choses. La première provient des 23 caractères** contenus dans la préface du Shanghanlun, certainement ajouté par Wang Shuhe, et appelé auto-préface de Zhang Zhongjing, et qui a mis la postérité, d’emblée, sur une fausse piste et a conduit les commentateurs postérieurs à des efforts considérables pour relier les écrits de Zhang Zhongjing au Neijing. Selon le Professeur Hu Xishu, ce mariage forcé entre le Neijing, une des 7 écoles yijing 醫經 [médecine classique ou canonique] citée le Hanshu et le Shanghan zabing lun, représentatif d’une des 11 écoles jingfang 經方 [formules classiques ou canoniques], est une erreur. Pour lui, il y a, sans nul doute, une grande divergence entre le système de Zhang Zhongjing et le Neijing et il est clair que les Six Niveaux du Shanghanlun n’ont rien à voir avec ceux du Neijing.

LES LIUJING NE SONT QU’UNE EXTRAPOLATION DES BAGANG

Toujours, selon le Pr Hu, les principales racines du Shanghan zabing lun sont le Shennong bencao jing 神農本草經 et le Tangye jingfa 湯液經法 [Méthode classique des décoctions]. Ses travaux révèlent que l’ensemble de ces trois ouvrages reposent sur les Huit principes directeurs [bagang] (Yin/Yang, Froid/Chaleur, Intérieur/Extérieur et Vide/Plénitude) et ce n’est qu’après l’introduction du concept de banbiao banli  [mi-superficie et mi-interne] par Zhang Zhongjing, que le diagnostic différentiel des Huit principes [bagang bianzheng] s’est affiné pour devenir le diagnostic différentiel des Six jing [liujing bianzheng]. (Voir le schéma ci dessous).
















 

   

   

Le point important, pour le Pr Hu, est que l'utilisation des Huit principes directeurs est vraiment la clef pour comprendre et utiliser pleinement tout le potentiel des formules de Zhang Zhongjing. Sur la base de ses nombreuses années de recherche et de pratique clinique le professeur Hu Xishu décrit clairement la relation entre les Huit principes directeurs et les Six niveaux [liujing] dans le tableau suivant :









Cette classification non académique est solidement ancrée dans la réalité clinique et avérée par des résultats exceptionnels. Elle n'est pas simplement une manière de classer les formules et les syndromes. Il s'agit surtout d'un moyen de diagnostiquer clairement l'emplacement exact de la maladie en termes de liujing 六經 [Six jing] afin de la traiter rapidement. Dans cette perspective, nombreuses sont les formules qui ne sont plus classable dans leurs chapitres respectifs. Par exemple, les formules de types Banxia xie xin tang ou Shengjiang xie xin tang, même si elles sont traités à part dans le chapitre taiyang, correspondent à une maladie jueyin, c'est-à-dire un syndrome Yin localisé mi-surface et mi-profondeur. Pour le Pr Hu, Danggui sini tang, traité, dans le Shanghanlun, au chapitre jueyin, correspond clairement à une maladie taiyang, c’est-à-dire un syndrome Yang de la surface.

Avec ses prescriptions dépouillées d’apparence ordinaires mais aux résultats surprenants, le Pr Hu Xi Shu 胡希恕 (1899-1984) a été considéré, parmi les médecins éminents du monde des formules classiques, comme un maître moderne de l'utilisation des jingfang pour de nombreuses maladies. Liu Du-Zhou 刘渡舟, le célèbre expert de Shanghanlun, considérait le Pr Hu comme l'un des trésors modernes de la médecine chinoise et reconnaissait que les Huit principes étaient extrêmement importants.

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Notes :

1   Site archéologique situé près de Changsha, dans la province du Hunan où a été mis à jour un complexe de trois tombes parfaitement préservées datant du début de la dynastie des Han. La tombe n°3, qui appartient à l’un des fils du Li Cang (marquis de Dai) et datée de 168 avant J.-C, recèle une bibliothèque composée de plusieurs dizaines de manuscrits sur rouleaux de soie et tablettes de bambou comprenant, entre autres, de nombreux ouvrages traitant principalement de médecine.

2   Première matière médicale conservée jusqu’à nos jours, compilée probablement au 1er siècle av.J.-C. Regroupe 365 drogues réparties en 3 groupes : supérieur, moyen et inférieur en fonction de leurs toxicités et de leurs fonctions.

3   Connu aussi sous le nom de Yiyin tangye jing [Classiques des décoctions de Yiyin], aurait été rédigé, selon la légende, par Yiyin 伊尹, durant la dynastie Shang 殷商 (1600 - 1046 av.J.-C.)

4   Mathématicien, astronome, alchimiste, calligraphe et médecin de la dynastie du Nord et du Sud (420-589). Auteur du Shennong bencaojing jizhu [Compilation et commentaire sur la matière médicale de Shennong] et du Zhouhou baiyifang [101 prescriptions à conserver sous le coude].


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18/07/2014